LE FILM DES POINTS DE VUE
quadricanal, 25 min, 2023
L'enjeu de cette installation vidéo consiste à observer l'anatomie des espaces du Fort Vert, à les déchiffrer et à tenter de les épuiser sous une pluralité d'angles de vue — chacun valant comme point de témoignage.
Le film procède en dix séquences de deux minutes trente, chacune composée de quatre plans fixes synchronisés orientés vers les quatre points cardinaux. Les plans coexistent dans la durée avant de disparaître progressivement : chaque séquence s'achève par un fondu vers la couleur dominante du plan, comme si la scène en venait à s'immobiliser dans sa propre teinte. Le son — ambiances spatialisées prélevées in situ — accompagne ce mouvement vers l'arrêt.
Cette synchronie de points de vue multiples, portée par un usage statique de la caméra, documente le statut foncièrement artificiel des lieux : avec le temps, tout espace est le vestige d'un instant privilégié — celui de sa représentation.
Par son caractère perspectiviste, le film se rapproche de ce que Fernand Deligny désignait par le geste de camérer : « Camérer implique un certain point de voir qui garde traces de ce qui a lieu dans ce champ qui lui est propre. Ce point de voir erre dans une tentative. » Il répond aussi à l'injonction de James Benning pour qui « le paysage est une fonction du temps » : la structure de l'installation ouvre une pluri-lisibilité des espaces du Fort Vert — faire voir et montrer pour pouvoir savoir, et peut-être prévoir. À la manière d'un phare qui éclaire depuis une multiplicité de positions pour éviter les écueils, le paysage se recompose à la faveur de ses nuances.