LE FILM D'EN FINIR OU PAS

 

41 min, 203

 

Un film écrit et réalisé par Frank Smith

Avec Garance Clavel

Prise de son Gilles Mardirossian

 


 

On marche.

 

Une personne quelconque — Garance Clavel — marche, sans trait remarquable qui la distingue. Le mouvement obsédant de cette figure épuise la totalité des sentiers du Fort Vert comme autant de lignes mélodiques en devenir : on marche, on trace sur le sol les pas de la marche, irrémédiablement.

 

Cette figure intermédiaire n'est déterminée que spatialement — toujours fixée dans un flux en train de se faire, affectée de rien d'autre que de son ordre et de sa position. À la force de son déplacement, elle conquiert une puissance sans vocation particulière, sans affectation ni usage précis : c'est un non-personnage, une personne de l'entre-monde. En traversant l'espace naturel, elle en accentue le caractère sensible sans jamais l'habiter tout à fait.

 

Il n'y a pas d'autres déterminations dans ce film que les traits formels de cette déambulation — pas d'autres contenus que cette unique présence en mouvement, là pour s'affranchir de la ruine que les hommes font peser sur la Terre. Tout au long de la déliaison entre l'image et la voix, de la non-coïncidence entre le corps de l'actrice et sa parole, trois temps se télescopent sans se résoudre : le temps géologique du paysage, le temps métaphorique de l'eau et de la mer, le temps éprouvant la pensée dans la marche. Il n'y a pas d'histoire — il n'y en a plus. L'instance narrative est effondrée, impersonnelle. Reste le désir de recommencer au bon endroit, et le désir éperdu de trouver cet endroit.

 

Le Film d'en finir ou pas témoigne de la progression de cette errance à la recherche de ses propres règles : l'expérience d'une perdition. Car tout est à refaire tout le temps dans un espace rendu à la fois réel et mental, « où se télescopent tous les autrui comme débris d'un naufrage permanent » — David Lapoujade.

 

Une anti-héroïne apparaît. Elle disparaît. Elle va réapparaître.