LE FILM DE L'INAPERÇU

 

tricanal, 31 min, 2023

 


 

« En marchant, le regard toujours dirigé vers le sol où il savait qu'il n'y avait sous le feuillage que des feuilles et de l'argile, son regard s'affutait pour les apparitions espérées, sans que le marcheur fît quelque chose de plus ; de la même façon qu'il se mettait à marcher, il se mettait justement à voir là où il n'y avait rien de particulier à voir ; quand ensuite il parvenait aux endroits qui étaient prometteurs, ses yeux étaient prêts. »

Peter Handke, Essai sur le fou de champignons

 


 

Cette installation procède d'une attention aux moments furtifs et résiduels du Fort Vert : chaque détail de changement, aussi infime soit-il, y accède au statut d'événement et conquiert progressivement sa réalité.

Déployé en triptyque, le film constitue une vidéographie polyphonique des lieux à travers la succession de séquences fixes de soixante-quinze secondes, composées chacune de trois plans synchronisés. L'attention du spectateur est concentrée sur le mouvement interne des tonalités — les qualités de matières et de textures qui composent cet espace naturel sensible — pour en capter les vibrations et les faire exister en elles-mêmes.

Le Film de l'inaperçu cherche à arracher aux clichés les relevés visuels du site en les faisant résister dans la durée : appeler à percevoir le Fort Vert au-delà de ce que l'on croit connaître de son existence prétendument familière. Comme l'écrit Jean-Philippe Cazier : « Sa forme en triptyque, le décalage son/image rendent le visible étrange, comme flottant, à la fois là et en retrait, ce qui transforme la zone entière en une chose élémentaire voire primaire. »